• Jan 28, 2026

Aimez-vous Brahms ?

  • Jérôme Pernoo
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La question ne date pas d’hier. Elle donne même son titre à un roman de Françoise Sagan, devenu célèbre dans les années 1960 : Aimez-vous Brahms…

La question ne date pas d’hier. Elle donne même son titre à un roman de Françoise Sagan, devenu célèbre dans les années 1960 : Aimez-vous Brahms…

Dans ce roman, un jeune homme cherche à séduire une femme plus âgée. Pour l’approcher, il lui glisse un mot simple, presque anodin : « Aimez-vous Brahms ? ». Il l’invite à un concert.

Le détail est essentiel : le jeune homme en réalité n’est pas passionné par Brahms ! Chez Sagan, Brahms est un prétexte, un signe de distinction, une manière élégante d’entrer dans l’intimité de l’autre. La musique devient un code culturel avant d’être une expérience vécue.

Tout est là.

Et pourtant, pendant longtemps, Brahms a souffert de cette image : une musique respectable, sérieuse, presque obligatoire — mais pas nécessairement aimée. En France notamment, où il n’était pas de très bon ton d’apprécier la musique « trop » allemande !

Mais derrière ces a priori se cache une œuvre profondément habitée, et même sensuelle. Sa musique est traversée par la tendresse, la retenue, la lumière, parfois la douleur.

Son style s’explique aussi par son rapport à l’histoire. Très tôt désigné par Schumann comme l’héritier de Beethoven, Brahms portera ce poids toute sa vie. Il lui faudra près de vingt ans avant d’oser écrire sa première symphonie.

Aimer Brahms, c’est accepter une autre temporalité. Plus on revient à sa musique, plus elle s’éclaire.

À une époque saturée de stimulations immédiates, Brahms nous oblige à faire un pas de côté. À habiter le temps.

Alors, aime-t-on Brahms ?

Parfois, on commence comme le jeune homme du roman : on l’invoque sans l’aimer d'amour. Peu à peu, le temps fait son œuvre — et l’on éprouve le besoin de comprendre d’où vient cette musique, de quelles racines elle procède. Puis, en écoutant vraiment, quelque chose bascule. Et l’on découvre en nous la résonance d’émotions enfouies dans notre propre histoire.

C’est peut-être cela, au fond, aimer Brahms.

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